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CONGRES CES ATHENES (16 mai 2011)
INTERVENTION COMMUNE CFDT-UNSA
Je suis Luc Bérille, le nouveau Secrétaire Général de l’UNSA, mais je voudrais préciser que je m’exprime à cette tribune au nom de la CFDT et de l’UNSA qui constituent une délégation commune à la CES.
Lorsque l’Euro a été créé, nous étions nombreux à revendiquer, et c’était notamment notre cas à la CFDT et à l’UNSA, qu’il s’accompagne d’une meilleure coordination des politiques économiques européennes. Mais il aura fallu l’une des plus graves crises que le monde ait connue pour que cette gouvernance économique commence enfin à prendre forme.
Oh, bien sûr, elle n’est pas parfaite, mais, lorsque l’on sait d’où l’on vient, on mesure le pas qui a tout de même été franchi. J’en prends trois exemples :
- l’idée de coordonner les politiques fiscales est désormais au moins ouvertement posée au plus haut niveau de l’UE ;
- second exemple, un début de supervision financière commence à apparaître ;
- et, enfin, troisième exemple, la dette des Etats membres donne désormais lieu, au moins partiellement, à une prise en charge collective, même si les conditions en sont évidemment discutables quand on prétend administrer un remède qui serait pire que le mal.
Il faut reconnaître, néanmoins, tout ce chemin qui a été parcouru en matière d’outils de gouvernance, ce qui ne nous empêche pas de dénoncer les manques graves qui affectent l’orientation de cette nouvelle gouvernance économique. Ces manques sont d’abord des manques de priorités politiques.
- Ainsi, la solidarité dans la prise en charge de la dette des Etats membres en situation difficile devrait se faire dans de meilleures conditions en recourant à des euro-obligations.
- La justice, elle, exigerait que les revenus du capital participent plus à l’effort de réduction des déficits et qu’au lieu de ne cibler que la réduction des salaires, on mette aussi en place de nouvelles sources de financement.
- La cohésion sociale de l’Europe devrait être au cœur des préoccupations : oui, c’est pour cela que nous voulons un renforcement du socle social minimal européen. La concurrence sociale ne peut pas être la règle du marché du travail européen : partout, les salariés doivent pouvoir être protégés par des garanties collectives qui leur garantissent un revenu décent et évitent de les opposer les uns aux autres avec une course aux petits salaires. Dans ce but, nous pensons, à la CFDT et à l’UNSA, que, pour combattre ce dumping social, il faut absolument avancer vers la mise en place d’un salaire minimum dans tous les pays européens, sous des formes qui leur soient adaptées, bien sûr, et en respectant les conditions du dialogue social qui leur sont propres.
- Le dialogue social, précisément, je viens d’en parler, fait partie de ces grands manques. Il est indispensable au plan européen, dès lors que l’on veut donner de la force à des solutions politiques et économiques. Non, on ne peut se contenter de politiques où les salariés et les citoyens ont l’impression d’être des spectateurs de décisions auxquelles eux et leurs représentants syndicaux ne sont jamais associés : c’est cela qui creuse la distance vis-à-vis de l’Europe, c’est cela qui alimente aussi parfois son rejet et la montée de courants populistes dangereux pour la démocratie. C’est cela qu’il est de notre devoir de combattre.
- Le développement économique, enfin. Le développement économique de l’Europe ne peut passer par la seule politique de réduction des coûts salariaux et de la protection sociale. Il faut mettre en œuvre une politique européenne d’investissements pour les infrastructures, la formation, la recherche-développement, afin de développer les nouveaux secteurs économiques créateurs d’emplois et respectueux de l’environnement.
Nous devons donc prendre appui sur les avancées en matière de gouvernance économique pour que ces manques que je viens d’évoquer deviennent des objectifs de mobilisation pour plus et mieux d’Europe. Pour la CFDT et l’UNSA, face aux défis terribles qui nous attendent, il n’y a pas de solution dans un repli national. La meilleure protection, c’est encore de nous unir au sein de la CES pour construire l’Europe sociale, l’Europe des travailleurs et nous approuvons les textes proposés à ce congrès qui le traduisent bien.
Je terminerai en remerciant le secrétariat sortant pour son action à la tête de la CES et, tout particulièrement John, qui aura su être notre porte-parole combatif sans rien oublier de son humour tout britannique.
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